Une femme qui se fait remarquer

À 17 heures dans les locaux d’Unités Migrants.
Moi, stagiaire de l’association, qui reçois une personne un peu spéciale dans son genre, qui porte une robe avec des longs talons.
C’est une femme qui se fait remarquer en faisant des gestes avec ses cheveux.
Moi, comme toujours, qui accueille la femme pour demander quel est son problème.
En racontant son histoire, elle me lance des clins d’œil.
Moi qui ne comprends pas pourquoi elle me lance des clins d’œil.
La femme commence à poser des questions sur ma vie privée.
Et moi qui n’aime pas mélanger vie professionnelle et vie privée.
Elle commence à aller plus loin. Elle me demande si je suis mariée. Elle dit qu’elle me trouve belle.
Moi choquée, mais la situation est drôle.
Elle lance des regards qui me mettent mal à l’aise.
Moi qui trouve une bonne excuse pour sortir, tellement je suis gênée.
Je demande à une personne de prendre le relais.

Sarah


Texte écrit pendant les ateliers des 12 et 19 janvier 2021 avec le groupe de Première.

Mon étoile

Devant ma fenêtre, chaque jour, je vois quelque chose de merveilleux, magique, persuadant, extraordinaire, hypnotisant, impossible à éviter ; cette chose est une étoile. Je comprends dans toutes vos têtes : pourquoi tous ces compliments pour cette étoile ? Je la complimente et je tiens à elle, car c’est la seule lumière que j’ai dans ma vie avant la mort, le soleil m’évite car je suis sombre, la lumière disparaît car je la couvre, l’étoile était là, sera là, toujours là. Mon étoile.

Sunjay

Bonjour. Adieu.

De l’autre côté, il y a une fille qui habite seule. J’ai déjà entendu sa voix, mais jamais vu son visage, car le rideau de sa chambre la cache.

Tous les jours, je mettais un réveil car, à l’heure où je mettais mon visage à la fenêtre, je voyais son ombre. Ses cheveux étaient en carré. Grande taille. Un jour, je suis sorti acheter du pain et j’ai aperçu une fille à la coupe carrée, grande de taille, qui elle aussi se dirigeait vers la boulangerie. J’ai couru chez moi regarder par la fenêtre et j’ai aperçu son ombre. C’était juste une dame qui passait. Dans ma tête, je me disais que tout était fichu, je ne la verrais jamais, quitte à lâcher l’affaire avec cette fille, ce n’est pas grave.

Elle est chez elle toute la journée. Je n’ai jamais entendu de voix d’homme. Tous les weekends, il y a des voix d’enfants chez elle. Peut-être que je me fais des films, voire que je suis parano, mais je suis persuadé qu’il y en a. Beaucoup de questions trottent dans ma tête, je me demande si ce sont des enfants qu’elle garde ou ses propres enfants.

Grâce à son physique, je me suis imaginé son prénom. Elle se nomme Rose. Rose est grande de taille, des cheveux courts, mate de peau. J’ai aussi imaginé son caractère. Bon, elle n’a pas la joie de vivre, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse.

Ce soir, je me suis mis sur mon trente-et-un. J’ai sorti mon costard, tout stressé. Devant mon miroir, j’ai répété sans cesse ce que j’allais lui dire. J’entre dans son bâtiment. Dans l’ascenseur mes jambes tremblotent. Je suis sur son pallier, devant son appartement. Je sonne, tout stressé. Elle ouvre la porte.

Je parle en bégayant. Même pas fini de lui dire ce que j’avais à lui dire, et elle me ferme la porte au nez sans réfléchir. Je pars, mi triste, mi énervé. Après tant d’efforts, c’est ce qui m’arrive… J’ai décidé de prendre mes affaires et de partir de chez moi.

Elimane


Texte écrit pendant les ateliers des 4, 11 et 18 janvier 2021 avec la classe de Seconde C, sur le thème « de l’autre côté », après lecture du début du Passe-muraille de Marcel Aymé et d’un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.

Bobby en taule

Bobby Shmurda est un rappeur de vingt-huit ans aujourd’hui. Il est emprisonné depuis 2013 en Floride. J’aime sa musique depuis plus d’un an, j’aime également son personnage, sa vie. Depuis que j’écoute cet artiste, je m’intéresse aux raisons de son incarcération et aux conditions dans lesquelles il vit. Je connais les conditions en prison aux États-Unis, le racisme, la peine de mort, les bavures policières, les injustices… Bobby Shmurda est accusé de meurtre, de participation à un gang et de trafics.

Habitant en France, j’imagine comment vit ce rappeur en prison. Est-ce qu’il est bien traité par les gardiens ? Est-ce qu’il est seul dans sa cellule ? Tente-t-il de s’évader ? Peut-il être en contact avec sa famille ? A-t-il écrit des textes en prison ?

D’après moi, Bobby est bien traité par les gardiens, grâce à son influence. Je pense qu’il n’est pas seul dans sa cellule, car il n’était pas connu à l’époque de son incarcération. Les prisons américaines sont beaucoup trop sécurisées pour pouvoir s’évader, tous les prisonniers ont déjà dû y penser sans le réaliser. Ne pouvant pas communiquer avec sa famille et ses proches, il doit sûrement exprimer sa tristesse en écrivant des textes. Quand Bobby Shmurda sortira le 28 février 2021, j’irai le voir en concert. J’imagine déjà la scène…

Ephrem


Texte écrit pendant les ateliers des 4, 11 et 18 janvier 2021 avec la classe de Seconde C, sur le thème « de l’autre côté », après lecture du début du Passe-muraille de Marcel Aymé et d’un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.

À travers

Un jeune homme qui avait atteint les vingt-cinq ans lors d’une soirée entre amis découvrit qu’il pouvait voir à travers les vêtements. Au début, il pensa que c’était faux, mais après avoir posé plusieurs questions, il remarqua qu’il ne rêvait pas. Auprès des invités, il se fit passer pour devin, mais il ne dit à personne qu’il avait cette capacité. Donc, les jours passent. Des jours passés à draguer chaque fille qu’il voit, qu’il aime à son physique.

Un jour, il voit une fille avec un physique, donc il va la draguer. La fille ne le repousse pas. La fille et le jeune homme s’entendent bien, donc ils décident de se revoir le lendemain. Le jeune homme, content d’avoir un rendez-vous avec la fille, se prépare une heure avant. Ils passent la journée ensemble et l’homme est tellement à l’aise qu’il commence à raconter sa faculté à voir à travers les vêtements. La jeune fille est surprise. Elle ne le croit pas. Pour le prouver, il lui dit de quelle couleur est son soutien-gorge. La fille étonnée lui dit :

« Avec cette faculté, tu es quand même venu me draguer !
— Je n’avais aucune raison de fuir », répond-il en rigolant.

La journée se déroule normalement. La jeune fille propose au garçon de venir chez elle. Il accepte. Le garçon insiste pour aller dans la chambre. Elle refuse, car sa chambre n’est pas rangée. Elle le laisse pendant quelques minutes pour se changer, et le garçon la regarde. Alors il remarque quelque chose… Et ça, il ne l’avait pas deviné.

Ridzo


Texte écrit pendant les ateliers des 4, 11 et 18 janvier 2021 avec la classe de Seconde C, sur le thème « de l’autre côté », après lecture du début du Passe-muraille de Marcel Aymé et d’un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.

De l’autre côté après la mort

Selon mes croyances, je crois qu’après la mort il y a : soit le paradis, soit l’enfer. Après, je ne suis pas encore morte pour savoir ce qui m’attend. Une fois que je serai morte, d’après moi, le paradis c’est quand on a eu un bon comportement, qu’on a prié, suivi notre religion. Du coup, on est récompensé : on vit dans un très bel endroit. Mais par contre, l’enfer c’est un endroit dont je ne peux vraiment rien dire, tellement c’est horrible à vivre. La différence entre les vivants et les morts, c’est que nous, on ne sait pas ce qui va se passer. Mais les morts, eux, savent ce qui se passe, car ils l’ont vécu. Quand on meurt, on vit toujours, mais dans un autre monde.

Si je pense à tout ça, c’est parce que je suis dans un lit d’hôpital, en fin de vie. Je ne vais pas tarder à mourir car j’ai une maladie très grave. Je ne sais pas si je vais aller au paradis ou en enfer. Je sais que j’ai fait du bien dans ma vie et que j’ai été respectueuse envers ma religion, mais je ne sais pas si tout le bien que j’ai fait dans ma vie pourra m’emmener au paradis.

Morgane


Texte écrit pendant les ateliers des 4, 11 et 18 janvier 2021 avec la classe de Seconde C, sur le thème « de l’autre côté », après lecture du début du Passe-muraille de Marcel Aymé et d’un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.

Le fameux miroir de Marcel

Quand je marche dans la rue, il y a comme une lumière sublime qui tombe sur moi. J’ai l’impression d’être une célébrité. On me demande souvent comment je fais pour attirer autant de femmes, et comment il se fait que je sois si beau. Voulez-vous savoir mon secret ? C’est trop simple. Je me regarde chaque matin dans mon miroir pendant quinze secondes en récitant quelques mots en grec : « Donne-moi ce pouvoir magique que tu me donnes depuis ma naissance, miroir miroir, je te serai toujours redevable. »

En me levant ce matin, je m’en vais m’admirer dans le miroir comme chaque jour et je m’aperçois que je n’ai plus les mêmes traits. Je me mets à hurler tellement fort que le miroir se casse en mille morceaux. Je touche mon visage et j’ai l’impression que mes joues tombent, que mes yeux sont remplis de grands cernes.

Fatou


Texte écrit pendant les ateliers des 4, 11 et 18 janvier 2021 avec la classe de Seconde C, sur le thème « de l’autre côté », après lecture du début du Passe-muraille de Marcel Aymé et d’un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.

De l’autre côté du fleuve

Je suis en Mauritanie avec ma cousine. On doit se rendre au Sénégal, mais pour s’y rendre il faut traverser un fleuve. Pour le traverser, on doit avoir des papiers sénégalais ou payer de l’argent. Du coup, mon oncle a décidé d’attendre le soir pour traverser et éviter la douane.

Il est 17 heures. Mon oncle nous dit : « Restez là, le temps qu’il fasse nuit et que je finalise les choses avec le pilote. » On était chez une amie à lui, qui nous a bien accueillis d’ailleurs. Quand je suis allée aux toilettes, j’ai pu constater que la maison était collée à la rivière. J’avais envie de voir s’il y avait des dauphins, des poissons… mais à la fois j’avais peur de tomber dans l’eau.

Il est 21 heures. Mon oncle vient nous chercher et nous emmène vers le bateau. Sur le bateau, je ne vois pas grand-chose, à part quelques lumières, un poste de douane, et un peu la ville de Bakel.

Une fois arrivée, je découvre une très belle ville remplie de motos, des personnes très souriantes, des vendeurs de sandwiches, des vendeurs de jus, des vendeurs et encore des vendeurs. Ensuite, nous prenons un taxi voiture. Il faut savoir que, au Sénégal, les taxis sont des motos, pour la plupart. Il n’y a pas beaucoup de taxis voitures. Arrivée chez ma famille, je vois une très grande et belle maison de trois étages, avec beaucoup de monde à l’intérieur. On me dit que ce sont mes cousins, cousines, oncles et tantes. Ils sont hyper accueillants. Le soir de notre arrivée, on a mangé du couscous. Une semaine plus tard, toujours du couscous. Je demande à une de mes cousines : « Ici, tous les soirs on mange du couscous ? » Elle me dit : « Oui. » Du coup, je vais demander à ma grand-mère si elle peut me passer de l’argent pour acheter un sandwich, pour moi et ma cousine. Elle répond : « Nam », car dans la famille nous parlons soninké. Du coup, tous les soirs on achetait différentes choses.

Un mois plus tard, l’heure du départ est imminente. Je me suis beaucoup amusée, mais la rentrée approche. Le taxi vient nous chercher, on lâche quelques larmes avec mes cousines. Elles vont me manquer, mais on garde contact.

Il est 12h30, on arrive à la rivière. Il y a énormément de monde. On passe par la douane pour qu’ils voient si on a rien d’illégal sur nous. Bien sûr, on n’avait rien. On paie 100 francs CFA chacun et nous prenons le bateau en direction de la Mauritanie, pour prendre ensuite l’avion direction Paris Charles-de-Gaulle.

Fatoumata


Texte écrit pendant les ateliers des 4, 11 et 18 janvier 2021 avec la classe de Seconde C, sur le thème « de l’autre côté », après lecture du début du Passe-muraille de Marcel Aymé et d’un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.

Un homme ordinaire

Un homme ordinaire, comme tout autre humain. Un jour, il passait à côté d’une ruelle très sombre. Il a été attiré par une lumière rouge et blanche. Il s’est dirigé vers cette lumière. Il a vu un homme couché par terre. Cet homme était mourant. L’homme couché a tendu la main à l’autre et lui a transmis un genre de pouvoir extraordinaire, puis il est mort. John, l’homme qui était ordinaire, prend peur et part en courant.

Islem


Texte écrit pendant les ateliers des 4, 11 et 18 janvier 2021 avec la classe de Seconde C, sur le thème « de l’autre côté », après lecture du début du Passe-muraille de Marcel Aymé et d’un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.

La face cachée de l’Élysée

De l’autre côté du mur, à l’intérieur de l’Élysée, je suppose qu’il y a des fleurs à des milliers d’euros, avec de l’or partout, du sol au plafond. Des toilettes hyper high-tech connectées avec un téléphone. Je pense que la cuisine de là-bas doit être incroyable. Dans ma tête, je vois de grands couloirs de trente mètres, avec des tableaux à chaque mètre. Il doit y avoir des tonnes de personnes pour entretenir ce lieu d’exception. J’imagine que, pendant le confinement, c’était la fête tous les soirs, et de l’alcool à gogo, et je suis sûr que Macron sait danser et qu’il a zouké avec Brigitte. En tout cas, ce que je sais c’est que la sécurité là-bas, ça blague pas, avec des snipers sur le toit comme dans Call of Duty. Et des gardes du corps musclés au maximum. De ce que je sais, cette vie-là n’est pas faite pour moi.

Mohamed


Texte écrit pendant les ateliers des 4, 11 et 18 janvier 2021 avec la classe de Seconde C, sur le thème « de l’autre côté », après lecture du début du Passe-muraille de Marcel Aymé et d’un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.