Je sors de chez moi

La pente

Je descends la pente
Sous la pluie et le froid
Le feu !
Un monument aux morts de la guerre
Métro Père-Lachaise
Les bruits, les bousculades
Dévalant les escaliers tel un automate
Ignorant les pubs des murs du métro
La musique aux oreilles
Je défile dans la rue avec détermination
Je monte la pente

Simple voyage

Je sors de chez moi
Je prends l’ascenseur
J’arrive devant le
Miroir et
Je m’aperçois
En jogging et sweat-shirt
Et je vais jeter des
Déchets

La solitude

La cour
Je suis seul
Il fait très très froid
Je marche pour prendre le tramway
Des gouttes de pluie qui coulent de partout
D’autres étudiants attendent le tramway
Pendant mon trajet je suis calme
Je valide mon Navigo je descends les escaliers
Des amis, anciens amis, étudiants provenant d’autres lycées
Partant vers Levallois ou vers Gallieni
Pendant mon trajet je m’ennuie
Je monte les escaliers
Je descends les escaliers j’attends mon métro
Je monte dans le métro
Je passe Réaumur-Sébastopol et arrive à Alexandre-Dumas
Même des fois, je suis en avance
Je marche, la montée pour venir au lycée
La route
J’arrive à mon lycée

La tronche du matin

Moi
Traversant cette rue, ma rue
Rejoignant le métro
Sous ce ciel gris
Sous ce ciel maussade, fade
Je dénoue mes écouteurs
Comme chaque matin de cours
Dans mes écouteurs ma playlist du matin
Ma playlist chill
Tout droit le métro
La ligne 13 qui m’attend
Cette ligne bourrée de monde
Ma carte de transport à la main
Puis dévalant machinalement les escaliers
Je me la joue mannequin le temps d’un instant
Le métro arrive

Moi
Tirant la tronche du matin
M’emmitouflant dans mon pull
Je surfe sur les réseaux sociaux
Et j’arrive

En respirant

Je me réveille en respirant, puis je sors en expirant
je me dirige vers la ligne 2, mais j’ai un petit creux
donc je mange du chocolat et j’attends Alexandre-Dumas

Rue Olivier-Métra

Rue Olivier-Métra
Froid le matin
Temps pluvieux
J’attends au feu
Je suis attentive au bus qui arrive à une heure précise
Je suis fatiguée mais la musique me fait tenir debout
Quelquefois je concentre ma vision sur les lumières des magasins

C’est devenu une habitude

C’est devenu une habitude
Je prolonge la petite rue jusqu’au feu rouge
Je prolonge le chemin de la petite forêt
À ma gauche le nouveau bâtiment est en construction
À ma droite toutes sortes d’arbres, de cerisiers, de chênes
Une fois sortie de la petite forêt
Je prolonge encore le chemin jusqu’à l’escalier
Là on peut voir le métro
Précipitée de prendre le métro
Je reste debout qu’à la station Alexandre-Dumas
Je prolonge la longue rue jusqu’au passage piéton
Au loin on peut déjà voir le lycée
Je marche tout droit, puis enfin
Arrivée au lycée
Soulagée et essoufflée

I’m a libra

Je sors de chez moi
J’ai la flemme
Mes écouteurs dans mes oreilles pour ne pas entendre les gens
J’arrive au lycée
Je vois des personnes
que j’aime pas

Déjà que j’ai la flemme d’aller à l’école
En plus il fait noir
Quand je sors

Je vois

Quand je sors de chez moi
J’observe le sol
Je vois les arbres qui perdent leurs feuilles
Les feu tricolores
Les bouchons les embouteillages
Les gens qui se bousculent
Ceux qui courent comme moi chaque matin pour avoir le bus
Ceux qui sont pressés pour le travail
Les gens qui font sortir les chiens pour les promener
La montée de la pente avant d’arriver dans mon lycée
Très fatigant
Les élèves qui attendent l’ouverture de la porte

De la lenteur à la vitesse !

Je sors de chez moi j’ai froid
Un arrêt de bus et un tabac
Dans le bus l’ambiance est calme
Je prends le métro j’ai chaud
Alexandre-Dumas
Il me reste toujours deux ou trois minutes
La porte va se fermer !
C’est le marathon !
Arriver au lycée
Très essoufflé

Carefree

La porte se claque
Clic, le téléphone s’allume
Ma clope s’anime
Vibration sonore ou oreilles bouchées par mes écouteurs
Et là je suis toujours là
Play — Game Over
Cerveau s’éteint
Un pas, un pied devant le précédent
Jusqu’au lycée du président

Poèmes d’Emeline, Firasse, Grâce, Imene, Maëva, Myriam, Nassim, Orphé, Paul, Sarah, Sunjay écrits les mardis 29 septembre et 13 octobre 2020.

Une rencontre (fragments)

Je vois une très jolie fille dans son coin, qui ne veut pas parler avec les gens, donc je décide d’aller la voir sans la brusquer, en lui demandant comment elle s’appelle. Elle est timide, mais a une autre personnalité quand on lui parle.


« Ça va ?
— …
— À ce que je vois, t’aimes bien les chaussettes colorées.
— …
— Et tu t’énerves pas.
— …
— On dirait que tu n’aimes pas les hommes, parce que tu regardes mal tous les hommes de cette salle.
— …
— Toi, ça se voit que tu n’en fais qu’à ta tête. »


C’est l’histoire de Mohamed, qui jouait à GTA en ligne et qui était en équipe avec Cécile93. Un jour, Mohamed lui demande : « Ça fait combien de temps que tu joues sur PC ? » Cette dernière, en le draguant, lui dit que c’est devenu plus amusant depuis leur rencontre, et elle lui propose de faire une partie ensemble, chez elle. Et ce qui s’est passé s’est passé.


« À la mort de M. Koro, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.
— De fou ! Même moi. Mais la mort la plus triste, choquante, charismatique et inattendue, c’est la mort de Barbe Blanche.
— On pourrait en parler deux heures. »


Je mange tout le temps dehors, jamais chez moi. Il m’arrive d’avoir souvent mal au ventre à cause de ça, mais un jour je suis allé dans un fast-food pas comme les autres, qui propose de manger un grec gratuit. Mais dans la vie, rien n’est gratuit. Il m’a proposé de porter une montre technologique pendant que je mangeais. Pour moi, rien de banal. J’ai accepté. Après avoir fini de manger, je lui ai rendu sa montre, sauf que tout ce que je pensais s’est réalisé après avoir porté cette montre. Ma vie est devenue vachement bizarre. À chaque fois que je voulais quelque chose, ça se réalisait, sauf l’envie que tout mes professeurs démissionnent. J’allais au lycée en trottinette électrique. J’ai trouvé ça bizarre. Je suis retourné au restaurant. Mais, quand je m’apprêtais à entrer, il était fermé, et il y avait une lettre. Dans cette lettre était écrit que, après avoir lu cette lettre, il y aurait pour toujours des esprits dans mon sommeil. Morale de l’histoire : n’acceptez jamais rien de gratuit.


« Bien ou quoi ? T’habites dans le coin ou quoi ?
— Ouais j’habite à côté. Et toi ?
— Moi, j’habite loin. »


« Je prends le métro à Porte-de-Montreuil.
— Quand tu es dans le métro, tu croises tes copains ?
— Oui, très souvent. Ça dépend où je finis et où on se croise. »


D’abord, elle fait son petit déjeuner. Elle a des chats et un chien chez elle. Elle aime surtout jouer avec ses animaux, mais le défaut de Jeannette c’est qu’elle laisse toujours ses animaux dans son canapé et ils défèquent là-dedans et donnent une mauvaise odeur à sa maison. Enfin, Mlle Jeanette est toujours sociable et aimable.


« Je le prends à Stalingrad et je descends à Alexandre-Dumas.
— Ah bon, comme moi. Mais avant Stalingrad, je prends la ligne 5. Après être sorti à Alexandre-Dumas, tu remontes la pente ?
— Oui. Comment tu sais ?
— Bah, je t’ai déjà vu dans mon lycée. »


J’aime beaucoup les bébés, car je trouve ça très mignon et trop chou. J’adore leur petite main et leur sourire, quand ils sourient.


« Je t’ai pas raconté ! J’ai vu mon artiste préféré : Dadju. Je l’ai vu avec Franglish et Imen Es. On a fait une photo ensemble, ils étaient grave souriants et gentils, et j’ai eu une dédicace. »


« J’ai grave une anecdote à te raconter.
— J’t’écoute !
— Je partais en Amérique du Sud et je me suis…
— … Arrête de mentir !
— J’ai pas fini… Je me suis battu avec mon frère et, tout à coup, une espèce de lézard, mi-dragon mi-crocodile… (en faisant la scène) On a couru jusqu’au dernier souffle. Puis on se retourne, et plus rien.
— On y croit.
— Je te jure.
— Bref. Mais comment t’as eu ta balafre à l’œil ?
— Ma mère m’a donné un coup de poing parce que j’ai pas rangé ma chambre.
— Ha ha ha, désolé (en cachant son sourire avec sa main). Là, je te crois. »


Elle n’aime pas se lever en se disant qu’elle doit prendre le métro un jour de pluie. Après être sortie de chez elle, elle passe toujours par la boulangerie pour prendre une petite viennoiserie, puis continue son trajet.


« Salut les filles ! Je vous présente ma nouvelle voisine. »
Nous parlâmes avec la nouvelle voisine de S., et je remarquai qu’elle avait un petit accent du Sud.


« Comment tu t’appelles ?
— T’es de quelle origine ?
— T’as quel âge ?
— T’es une meuf d’où ? »


Un matin en sortant de chez moi, j’ai vu un grand homme barbu avec un fusil à la main. J’ai eu drôlement peur, je tremblais, je n’arrivais plus à marcher. Je devais prendre le bus le plus vite possible pour ne pas être en retard à l’école. Il faisait sombre et le soleil n’était pas levé. Le grand homme devient totalement fou, il vise toutes les personnes passant par son chemin. Je pense que c’est la fin pour moi. Il me menace, je reste figé pendant quatre minutes. En un instant, je me rappelle que je suis fort et que je peux m’en sortir. Je cours super vite, sans m’arrêter, je vois le bus 64 arriver, je le prends et me sens soulagé. J’arrive cinq minutes en retard. Le lycée était déjà fermé. J’ai un sentiment de peur, encore. Imaginez qu’il arrive encore ! Où je vais me cacher ? Et si je le raconte au professeur, me croira-t-il ?


Alors j’ai rien à dire, mais il faut être patient, c’est tout.


J’aime être calme mais, quand je fais du bruit, j’en fais.

Fragments choisis par Antonin Crenn, parmi les textes d’Adama, Anfal, Bafiyon, Elimane, Ephrem, Fatou, Fatoumata, Hajar, Islem, Joris, Kadiatou, Karamoko, Mohamed, Morgane, Nelly, Océane, Olivia, Ridzo, Sofiane, Yamina et Yousra, écrits en réponse aux autoportraits de la séance précédente.

Je crois que tout le monde a écrit au moins une phrase

Petit, j’ai cru que tous les jours c’était mon anniversaire. Je me souviens toujours du jour où j’ai eu ma balafre au coin de l’œil. Je croyais que tous les soirs la lune me suivait. À chaque début de voyage, je me dis que c’est nul, puis à la fin je veux rester plus longtemps. J’ai eu trop de dégoût à la mort de l’Ermite pas net et de Portgas D. Ace.

Le soir, que j’aie froid ou non, je mets des chaussettes juste pour pouvoir les frotter à mes pieds. Je suis le genre de personne qui s’énerve intérieurement et qui pleure intérieurement. Très longtemps, j’ai eu une haine contre la gent masculine. On a beau me répéter cent fois la même chose, je n’en fais qu’à ma tête, jusqu’à regretter.

Le matin je déteste qu’on me parle, car je n’ai envie de rien faire. Je possède un manteau à 400 € (j’ai cassé la fermeture). Un pote m’a précommandé la PS5. J’ai vu un chorizo humain. Une vraie Bretonne m’a fait une crêpe.

Je préfère le Real Madrid au FC Barcelone, mais la ville de Barcelone est plus belle que la capitale. Je suis allergique à l’ananas, mais j’aime le goût. Quand je sors de chez moi, mon réflexe est de regarder la rue d’à côté.

En seconde, j’ai connu deux profs qui écoutaient de la K-Pop. J’ai l’air d’une métisse, mais je n’ai qu’une origine. Je n’ai pas envie de retourner au musée bizarre de la journée d’intégration. Cette année, j’ai rencontré un trio énervant. On me doit deux euros, mais la personne concernée prend son temps.

Je préfère la PS4 à la X-Box. Je suis déjà tombé sur un raciste et je l’ai insulté. Je prends le bus 64 tous les jours pour aller en cours. Une fois, on m’a menacé à la carabine. Je préfère le noir au blanc. Je connais quelqu’un qui est plus fort que son grand-frère au foot.

J’ai envie de visiter les États-Unis. J’ai connu des gens énervants cette année. J’ai deux jambes, mais je n’aime pas les utiliser car je préfère être posée. Je n’aime pas prendre les transports le matin, mais je n’ai pas le choix.

Je n’aime pas me lever en me disant qu’il pleut et que je dois prendre le métro. En cours, je participe si je suis de bonne humeur, mais ma seule envie c’est que la journée se termine pour rentrer et retrouver mon lit. Je me sens grande quand je marche à côté de grandes personnes, mais elles me voient petite.

À la récré, je passe la plupart de mon temps sur mon téléphone. Je vais à la bibliothèque et dans les lieux religieux. J’écris dans mon carnet. Souvent, j’ai du mal à me souvenir des gens. J’adore découvrir des endroits et sortir seule. J’aime bien me maquiller. Je n’aime pas les mauvaises nouvelles.

Quand je me lève le matin, je commence toujours par ranger ma chambre. Quand je me brosse les dents, je mouille toujours la brosse à dents avant de mettre le dentifrice.

Je peux passer la journée à regarder des animés dans ma chambre. Je préfère aller dehors que rester en intérieur. Je n’aime pas mettre des jeans. Je n’ai jamais fait de ski. Je me souviendrai toute ma vie quand j’ai fait un pari sportif et que j’ai gagné 109,07 €. Je n’aime pas le masque.

Je préfère être fatigué qu’être en forme. Je suis gaucher de la main, mais droitier du pied. Je suis calme, mais bruyant.

Je remarque que presque tout le monde est en noir. Je préfère le noir au gris. J’ai deux frères et deux sœurs. Je remarque que tout le monde a des Nike dans la classe. Je crois que tout le monde a écrit au moins une phrase.

J’ai deux téléphones. J’ai trois paires de chaussures. Je préfère des habits sans marque qu’avec marque. Je préfère marcher à pied que prendre le taxi. Je préfère le sucré au salé. J’habite dans le 15e arrondissement et je pars une heure avant, pour arriver à Charles-de-Gaulle dans le 20e arrondissement.

Je préfère prendre le bus ou le métro au lieu de marcher. Je préfère piloter mon scoot que d’écouter les cours. Je préfèrerais que certains professeurs démissionnent. Je mange tout le temps dehors, jamais chez moi.

Je n’aime pas lire parce que l’odeur des cahiers et des feuilles me fait très mal aux dents : on peut dire que je suis allergique au papier. J’ai une vie normale comme les autres, même si je ne suis pas normale. Je pense que les autres non plus n’aiment pas se lever tôt, et préfèrent faire la grasse matinée. Je préfère encore le bruit de la fourchette sur une assiette.

J’aime mieux regarder des documentaires que regarder des films, ça m’endort. J’aime bien la Martinique, surtout la plage et les beaux paysages en bord de mer, mais le problème c’est les moustiques, surtout que je fais une grosse allergie. Je préfère rigoler à des blagues que ne pas sourire.

J’aime lire des webtoons seule dans le noir dans ma chambre. À chaque fois que je mets le masque plus d’une heure, j’ai mal aux oreilles. J’ai toujours l’impression d’être suivie ou observée quand je marche avec mes écouteurs. Quand je réfléchis, je prends des lunettes pour imiter les personnages d’animés avec des lunettes. Ma mère me fait souvent des tisanes, mais comme elles ne sont pas bonnes je les mets dans le lavabo de la salle de bains.

Je n’aime pas parler, et encore moins parler de moi. Pourquoi est-il si important de parler de soi ? Apprendre à se connaître ? Pour quoi faire ? car, au final, on ne connaît jamais réellement une personne.

J’ai sept à huit stations de métro pour venir au lycée. Je préfère la musculation au tennis. Je suis joueur professionnel sur Fortnite. J’ai seize ans. Je préfère boire de la Redbull que du Coca-Cola. J’ai été en Allemagne, en Belgique et en Espagne.

Je suis myope. Je suis Mauritanienne. Je suis noire. Je me lève à 6 heures. J’ai quinze ans. J’ai des Skechers. J’habite à Ourcq. J’ai des sœurs. J’ai des frères. J’ai des parents. Je n’ai pas envie d’être déléguée. Je n’ai jamais mangé de sushis.

J’ai un bébé chien qui fait pipi partout à la maison. Je suis têtue. J’aimerais aller au Sénégal. Je mets mon sac sur une seule épaule. J’aime faire les courses et le shopping. Je déteste les gens qui ronflent. J’ai de la sympathie pour les SDF. J’aime les reportages. Je préfère le pop corn sucré, mais il m’arrive d’en prendre du salé. Quand je sors de chez moi, j’ai la grande tour de Montparnasse en face. Je n’aime pas l’hiver.

Fragments des autoportraits de la classe de Seconde C (séances du lundi 28 septembre et jeudi 1er octobre) par Adama, Anfal, Bafiyon, Elimane, Ephrem, Fatou, Fatoumata, Hajar, Islem, Joris, Kadiatou, Karamoko, Mohamed, Morgane, Océane, Olivia, Ridzo, Sidi-Mohammed, Sofiane, Yamina, Yousra, Zoé, après la lecture d’extraits de l’Autoportrait d’Édouard Levé.